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Une rivière dans le salon

LES FAITS

Mathieu Lehanneur a posé la première pierre de ce qui sera certainement l’avenir des locavores : une station d’aquaponie pour appartement, très design et aux formes épurées qu’il a appelé «local river».

Sa création (Mathieu L. est un designer français qui n’en est pas à son premier essai en matière de mobilier ou d’objet purificateurs de notre environnement) permettrait de cultiver des plantes aromatiques et d’admirer des poissons dans leur aquarium, quitte à les sortir de l’eau pour les accommoder au déjeuner après un passage au four !

Sa local river a fait beaucoup de bruit ces derniers mois, car elle s’inscrit dans la mouvance du manger local très prégnante aux Etats-Unis. Les locavores, les adeptes de cette philosophie alimentaire, ce sont ces gens qui décident de s’alimenter uniquement de denrées qui viennent de moins de 160 km de leur lieu de consommation. Ils respectent ce qu’on appelle là bas le 100 miles diet (voir post sur les locavores). Cela permet une traçabilité maximum des aliments et une réduction de l’empreinte écologique de l’alimentation puisque les transports sont limités au strict nécessaire.

Mathieu Lehanneur exposait sa création à l’Artist Space de New York jusqu’au 21 juin. Voir la vidéo de la local river sur son site internet .

LE POINT DE VUE

Le talent de Mathieu Lehanneur est de rendre accessible et esthétique un principe ancestral : celui de l’aquaponie. Celui-ci était déjà utilisée par les mayas !

La technique repose sur le principe du «rien ne se perd tout se transforme» ou autrement dit, sur le fonctionnement d’un écosystème en vase clos. Il s’agit donc d’une sorte d’aquarium écologique : les déchets des poissons (qui rejettent de l’ammonium et de l’urée) sont utilisés par des plantes pour leur croissance, cultivées en surface (elles ont besoin de nitrate, un dérivé de l’ammonium et de l’urée, la nature est bien faite !), ces dernières filtrant ainsi l’eau de l’aquarium qui est renvoyée vers les poissons et ainsi de suite.

C’est un cycle écologique dont l’équilibre est fragile : trop de poissons et l’eau reste trop riche en amonium, pas assez de poissons et ce sont les plantes qui manquent de matières nutritives. Le point d’équilibre de l’ensemble n’est généralement atteint que des mois après la première mise en eau. Cette technique est utilisée dans certains fermes piscicoles qui couplent à l’élevage de truites, la culture de salades !

Mais jusqu’à présent, l’aquaponie n’était accessible qu’à des mordus d’aquariophilie qui maitrisaient les techniques nécessaires à l’ajustement de cet équilibre. Grâce à Mathieu Lehanneur, ses principes pourraient désormais intégrer notre quotidien tout en l’embellissant !

Quelques mots sur le designer : M. Lehanneur s’est révélé au niveau international avec la série «Elements» en 2006, une gamme d’objets domestiques destinés à rééquilibrer nos carences physiologiques (comme le manque de lumière en hiver) et à contrecarrer les agressions extérieures de notre environnement urbain (pollution sonore, pollution de l’air, etc.). Parmi ces derniers travaux : le design d’un restaurant, Flood, où des sphères de verres remplies de spirulina platensis (une algue unicellulaire) distribuent de l’oxygène dans la salle du resto…

PASSER A L’ACTION

Mais de rêvons pas. Si l’invention de M. Lehanneur est séduisante et esthétique, il y a peu de chances pour que le système (tel qu’il est présenté sur les photos en tout cas), fonctionne à long terme. Car les plantes semblent trop peu nombreuses pour filtrer l’eau de tels aquariums.

Mais elle a au moins le mérite de sensibiliser aux possibilités qui s’offrent aux locavores de concrétiser leur engagement tout en renouant avec un cycle naturel. Une sorte de potager avec des poissons qui reste certainement à développer. Alors à quand la version pour la terrasse ?