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Les locavores à (et sur) la une

Les locavores à la une

Ca y est, les locavores sont devenus les chouchous des médias. En l’espace de quelques semaines, on a assisté à une explosion du nombre d’articles de presse et de reportages sur cette espèce de gastronomes qui s’alimentent exclusivement de produits de saison issus d’exploitations 100% locales. Le Guide de l’Ecofood leur consacrait déjà toute une partie dès sa sortie en mars dernier.

Parmi les sujets les plus représentatifs, un article de Marie Odile Briet paru le 11 septembre dernier dans le supplément Styles de l’Express. La journaliste titrait : «Connaissez-vous les locavores ?» .Suite logique, c’est avec «Devenez locavores» que le supplément Ile-de-France du Nouvel Observateur du 30 octobre faisait sa une et publiait un dossier de 7 pages réalisé par Morgane Bertrand et Gurvan Le Guellec. Le lendemain – consécration médiatique – c’est Claire Chazal qui présentait pendant le JT de 20h un reportage de Nathalie Pelerin sur les locavores, «cette nouvelle mode qui consiste à consommer des produits exclusivement locaux et exclusivement de saison».
Enfin, sur les ondes de France Info, Anne-Elisabeth Lemoine consacrait sa chronique humoristique du 12 novembre aux locavores et à leurs frères ennemis, les distavores (voir article «Etes vous locavores ou distavores?» ).

«Mode» passagère ou changement profond de notre d’alimentation ? 
Si la France découvre à peine les locavores, et leur corolaire les AMAPs, cela fait déjà bien longtemps qu’aux Etats-Unis des consommateurs engagés en faveur du 100%local s’agitent et alimentent un débat assez vif. L’article du journaliste Joel Stein dans le magazine Time daté du 21 janvier 2008 – ainsi que les réponses outrées qu’il a suscité – témoigne de cette effervescence outre-Atlantique. En signe de protestation face aux locavores, le journaliste y relatait une expérience peu commune : composer un menu avec des aliments qui ont tous parcouru au moins 4 800 km avant d’atterrir dans son assiette (du brie français, du saumon écossais, du bar chilien, des asperges péruviennes, de l’huile d’olive italienne, etc.). Son article répondait en fait à un numéro spécial du Time paru le 12 mars 2007 qui titrait en une «Forget organic, eat local» et dont le dossier était consacré à la popularité croissante du manger local.
L’engouement est tel que de nombreux restaurants se vantent désormais d’être « locaphiles ». Leurs noms sont évocateurs : le Farmers Diner, Urban Rustic à New York ou encore le Café 150, restaurant du siège de Google où tout ce qui y est servi est produit dans un rayon de moins de 150 miles.
Enfin, couronnement suprême, le terme «locavore» a fait son entrée dans la version 2008 du New Oxford American Dictionary.

En France, les choses commencent tout juste, comme en témoigne l’engagement de la grande distribution pour l’affichage de « l’empreinte carbone » de ses produits, suite au Grenelle de l’Environnement. Autre démarche notable, celle de cinq grands restaurants d’hôtels parisiens (dont Le Westin et le Méridien) qui proposent désormais un menu 100% local. A noter également, le programme d’information et de sensibilisation «Des fraises au printemps et pas en hiver» que vient de lancer la Fondation Nicolas Hulot en faveur d’une alimentation non seulement locale mais qui respecte également les saisons. Sans parler de l’engouement français pour le mouvement Slow Food qui réunissait justement ces partisans à Turin fin octobre et qui a fait l’objet d’un excellent reportage d’Envoyé Spécial.
«Manger local, ou presque, c’est donc possible. Et très en vogue» comme l’écrivent M.Bertrand et G.Le Guellec dans leur article. Tout porte à croire que malgré un certain retard à l’allumage en France, il ne s’agit pas d’une mode légère et éphémère.

Manger local, première étape vers un nouvel art de vivre
Mais plutôt que des vedettes, les locavores sont encore davantage des sujets de curiosité sociologique… Le ton des reportages est évocateur et on cherche visiblement à comprendre le fonctionnement de ces consommateurs d’un nouveau genre en les classant ou en les regroupant par catégories : gastronomes et épicuriens avertis, militants nouvelle génération, opportunistes économes ou hommes et femmes actifs attentifs à leur santé. Les locavores fascinent autant par leur motivation (diverses il est vrai) que par leurs méthodes d’approvisionnement qui font appel aux circuits courts, aux paniers de fruits et légumes frais des AMAPs, et qui permettent de revitaliser l’agriculture locale.
Si les convictions qui guident l’action des locavores sont multiples et variées, c’est que manger local et de saison présente justement de nombreux avantages, à la fois gastronomiques (produits frais et muris à point), en termes de santé (pour les mêmes raisons), du point de vue économique (produits en saison et localement, leur coût de production – et donc leur prix – sont minimisés) et écologique (la proximité entre lieu de production et de distribution implique moins de transport). Il y en a pour tous les goûts.

Pourtant, manger local et de saison n’est qu’un aspect de la «gastronomie écologique», de l’écofood. Sélectionner attentivement les espèces de poissons consommées (pratique qui a fait l’objet d’une grande campagne de communication de la part du WWF avec le soutien de personnalités du monde de la gastronomie), boire de l’eau du robinet plutôt qu’en bouteille, manger BIO, etc. sont autant d’engagements qui, associés à ceux des locavores, constituent les balises d’un nouvel art de vivre gastronomique.