LES FAITS
Il n’y a pas que la presse spécialisée qui parle d’écologie. A l’occasion de la semaine du Développement Durable, tous les magazines, féminins ou généralistes s’y sont mis : l’Express, Femme Actuelle, le Nouvel Observateur, Capital, etc. . «
Comment réduire votre empreinte écologique», «
consommer mieux», «
le guide des produits éthiques et durables», «
l’état de la planète» : les titres de ces numéros spéciaux ou suppléments sont éloquents.
On trouve au fil des pages des rubriques sur les gestes éco-responsables, des analyses comparatives de produits bio, équitables, recyclés, des pages sur la mode éthique, sur les transports alternatifs, sur les tendances de l’éco-design et les nouvelles maisons vertes. Bref, de véritables manuels pour verdir notre consommation quotidienne. Au risque de sacrifier parfois le fond pour la forme...
Leur positionnement est clair : il ne s’agit pas d’aligner les injonctions à préserver les ressources naturelles en consommant moins, mais d’aiguiller les lecteurs sur la voie du consommer mieux. Ces magazines participent de ce fait d'une réelle avancée pour la protection de l'environnement et constituent les témoins d'une sensibilisation générale croissante à l'écologie.
Y sont répertoriés beaucoup de trucs et astuces pour acheter le meilleur jean en coton bio, être le/la premier/ère à essayer le nouveau spa 100% naturel, ou sur comment épater ses amis avec le dernier solex électrique. On trouve en revanche dans ces numéros spéciaux assez peu de mise en perspective globale et de remise en question de nos modes de consommation et de production (à l’exception notable du numéro de Capital).
Côté alimentation, les conseils varient des recommandations essentielles (fruits de saison, moins de viande, etc.) dans Capital, aux tendances anecdotiques de cours de cuisine bio aux algues dans le Nouvel Obs.
LE POINT DE VUE
Certes la semaine du Développement Durable était consacrée cette année aux modes de consommation. Mais il y a quelque chose d’étrange à voir ces magazines auréolés de la mention «spécial développement durable» se transformer en véritables catalogues de produits et de conseils shopping.
Il est vrai que la tendance est au consommer vert. Il est également établi (sondages à l’appui) que les consommateurs ne sont pas réceptifs au discours du «consommer moins», surtout dans un contexte où la question du pouvoir d’achat a envahi l’espace médiatique. «Consommer mieux» a plus de sens.
Mais «consommation de produits écologiques» n’est pas «consommation écologique». Autrement dit choisir la voiture la moins polluante, c’est bien. Choisir le train ou le covoiturage, c’est mieux.
De ce fait, les consommateurs de produits écolos ou les fashionistas qui s’arrachent les derniers
escarpins vegan créés par Nathalie Portman restent des consommateurs classiques, n’en déplaise à ceux d’entre eux qui estiment échapper au système. Car tant que le comportement de consommation ne change pas, le paradigme reste le même ; tant qu’il n’y a pas une remise en cause de nos modes de consommation, il y a juste un transfert financier d’un produit à un autre. Dès lors, comme le fait remarquer le philosophe Gilles Lipovetsky,
l’éco-consommation n’est qu’un avatar (décomplexé) de l’hyperconsommation (lien vers une analyse de son ouvrage
Le Bonheur Paradoxal. Essai sur la société d'hyperconsommation)
Doit-on le regretter? Un exemple en guise de réponse : à l’époque du fast-food, des crises sanitaires à répétition et de l’épidémie mondiale d’obésité, améliorer son alimentation ne signifie pas uniquement avaler des produits plus sains ou plus verts. Certes c’est déjà un progrès, mais il faut également envisager, pour soi comme pour la planète, de changer son modèle alimentaire, c'est-à-dire de manger un peu moins, de modérer sa consommation de viande, d’apprendre à faire un choix responsable parmi les espèces de poissons, de tenir compte des saisons et des particularités locales, etc. La réflexion sur l’éco-gastronomie va au-delà de la simple qualité du produit.
Elle implique également de renouer avec le plaisir, un plaisir porteur d’un autre rapport au temps (slowfood vs fastfood), plus convivial. Comme doit l’être une consommation écologique.
PASSER A L’ACTION
Regretter la place qu’occupe la dimension marchande dans notre vie (y compris finalement jusque dans nos engagements personnels pour un monde meilleur) ne signifie pas pour autant qu’il faille jeter l’anathème sur toute forme de légèreté hédonistique qui passerait par l’acte d’achat. Car la consommation peut être jubilatoire et tout est affaire de modération. Nier la consommation moderne serait vain et absurde. Il faut juste la ré-enchanter. La consommation verte est une première étape et un progrès certain vers ce ré-enchantement. Pour découvrir les plaisirs des produits écologiques, faites un tour au
Salon Planète Durable qui se tiendra porte de Versailles du 10 au 13 avril.
Mais si la vraie tendance actuelle est au consommer vert, être avant-gardiste aujourd’hui c’est surtout s’efforcer de s’émanciper du modèle d’hyperconsommation tout en prenant en compte l’environnement. C'est-à-dire
replacer l’individu dans une globalité, se détacher des bonheurs éphémères de «l’avoir» au bénéfice d'une société de «l’être» comme le dit
Nicolas Hulot, démarche qui nécessite de repenser notre relation à la nature. C'est la deuxième étape.
Et quoi de plus spontané pour repenser cette relation que de commencer par notre alimentation ? N’est-ce pas un des deux éléments quotidiens, avec l’air que nous respirons, qui nous relie à la santé de la planète ? En respectant les saisons et les ressources naturelles et en prenant soin de votre propre organisme avec des produits sains, vous ferez véritablement acte de consommation écologique.
Pour être moderne et branché : soyez un éco-consommateur. Pour être avant-gardiste : privilégiez l’être à l’avoir !
Crédit photo : © shocky
Benjaminenvoyé le 9 avril 2008 à 19h24
La semaine du DD, ce n'est qu'une semaine, c'est vrai que c'est peu, mais c'est une campagne de com' au frais de l'Etat, c'est toujours bon à prendre. Et bientôt, la Quinzaine du Commerce Equitable avec beaucoup de thématique commune sera l'occasion d'en remettre une couche. Le principale soucis à mon sens, c'est le discours sur le DD, catastrophique souvent, et qui fait très peu le liens entre nos modes de vies et les implications sociales et environnementales que cela entrainent. Du coup on peut voir au journal télé la neige fondre rapidement aux pôles pendant 45s et ensuite,"ne vous inquiéter pas" le salon de l'automobile fait sont pleins. Les incohérences de ce type sont nombreuses et tant qu'elles existerons les changements de comportements auront du mal à s'imposer. Enfin je reprendrai les mots sages issus du festival Sciences frontières sur ce thème : Sobriété et Partage. Il semble que ce soit 2 conditions pour sortir de nos crise de surconsommation et de famine à la fois. En tant qu'eco-SAPIENS j'ajoute ce sera festif et sexy sinon cela ne se ferra pas ! Benjamin, un eco-SAPIENS à Marseille, www.eco-sapiens.com