L'écofood dans la presse

La lumineuse beauté des abysses

écrit le 3 avril 2008

tags : info, poisson, ocean, science, photo

Vu sur Futura-Sciences
Alors que l’exposition de Claire Nouvian, Abysses, était inaugurée au Museau d’Histoire Naturelle (MNH), les résultats d’une étude écossaise sur les poissons des grands fonds conduite par le biologiste D.Bailey de l’Université de Glasgow étaient présentés lors d’une conférence océanographique à Orlando (Floride). Le chercheur a compilé les données d'une série de campagnes d’observation des populations de poissons sur un même lieu depuis 1979. Il en ressort que le chalutage produit beaucoup plus de dégâts que ne l’imaginaient les scientifiques jusqu’alors.

Des techniques de pêches destructrices
Le chalutage, c’est cette technique de pêche qui utilise un énorme filet lesté, ratissant tout ce qui passe à portée du bateau et qui peut aller à des profondeurs extrêmement importantes.
Les scientifiques de l’équipe de D.Bailey ont constaté avec surprise que la raréfaction des poissons (y compris d’espèces ne présentant aucun intérêt commercial) sur la zone de pêche étudiée s’étendait bien au-delà des profondeurs atteintes par les filets. Alors que les bateaux pêchent jusqu’à 1500 mètres, on observe un déclin des populations jusqu’à – 3 000 mètres !

Selon le spécialiste Jeffrey Drazen de l’Université d’Hawaï, ce phénomène s’explique par la «migration ontogénique» : jeunes, les poissons vivent à de moyennes profondeurs avant de migrer à l’âge adulte vers les abysses. D’où les effets doublement dévastateurs du chalutage qui prélève à la fois les juvéniles destinés à vivre dans les grands fonds et les poissons adultes de moyenne profondeur.

Résultat : les scientifiques pensent que la part des océans touchée par le chalutage n’est plus de 11% de la surface océanique mondiale mais de … 23%, soit ¼ de la surface des océans de la planète !

La beauté insoupçonnée des fonds marins
A l’heure actuelle on estime que seuls 0,0001% des grands fonds marins ont été explorés par les scientifiques, soit environ la surface de Paris. Les spécialistes se plaisent à résumer la situation en disant que l’humanité connaît davantage la surface de la lune que le fond des océans…
Pour l’étudier davantage, il faudrait du temps. Or les scientifiques constatent bien souvent qu’ils ont été précédés par les pêcheurs sur le terrain de leurs découvertes : stocks de poissons épuisés, fonds labourés par les filets, récifs entiers de corail ravagés par le chalutage de fond, etc.

Les recherches se poursuivent néanmoins et de nombreuses expéditions remontent à la surface des créatures étranges. Il n’y a pas encore si longtemps, on pensait les grands fonds marins exempts de vie. On sait aujourd’hui qu’ils recèlent de véritables trésors de biodiversité et qu’ils en constituent le plus grand réservoir. Y fourmille une vie opalescente aux formes inhabituelles.

La dernière expédition en date, conduite dans les eaux Arctiques entre février et mars, a permis de remonter près de 30 000 créatures marines, dont de nombreuses sont encore inconnues : des étoiles de mer géantes, des concombres de mer en forme de ballon, des poulpes aux formes extraterrestres. Je vous invite à visionner leurs formes étonnantes sur le site du National Geographic.

C’est justement pour mieux témoigner de la richesse et de la beauté de cette faune tout droit sortie de contes de fées que Claire Nouvian a consacré 5 ans à la photographie des animaux qui peuplent ces profondeurs. Elle s’est livrée à une véritable étude scientifique doublée d'un travail artistique. De la rencontre de ces deux approches apparemment éloignées sont nées des images merveilleuses rassemblées dans une exposition au MHN. Une expo et un livre de 220 photos, Abysses, qui sont de véritables célébrations à la beauté fragile de ces créatures éthérées qui vivent à l’abri des regards.

A ne pas manquer.

Crédits photos : ©David Shale/Claire Nouvian; ©MBARI

6 commentaires


tfsvbvqenvoyé le 13 mars 2011 à 16h46

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khdxsfenvoyé le 12 mars 2011 à 15h08

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qcwwmyoenvoyé le 24 décembre 2010 à 11h06

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Anne-Sophie - Ecolo-Infoenvoyé le 8 avril 2008 à 13h57

Coucou Alexis, Nous sommes allés visité l'expo au MHN ce week end et j'étais également surprise de savoir qu'à de telles profondeurs les dégats se faisaient aussi sentir. Et qui plus est sur des poissons imangeables en principe! On n'évoque pas non plus le fait que la pression de la remontée les tue avant même qu'ils atteignent la surface, leur crevant bien souvent les yeux en plus... Bref...


Alexis Botayaenvoyé le 4 avril 2008 à 11h43

Omission corrigée : http://www.nature.com/news/2008/080307/full/news.2008.658.html Voir aussi le site de Futura Sciences (lien en haut de l'article)


Solennenvoyé le 4 avril 2008 à 10h46

Article intéressant mais il est vraiment dommage de ne pas trouver le lien vers l'étude du biologiste D.Bailey que je n'arrive pas à retrouver !

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