LE FAIT
«La biodiversité est vitale pour la survie et les moyens d’existence de l’homme» soulignait fin février le Directeur Général Adjoint de la FAO lors de la séance
d’ouverture d’une réunion de l’organe consultatif de la Convention sur la diversité biologique.
C’était quelques jours après l’inauguration du plus grand coffre-fort du monde : un tunnel creusé dans une montagne de Longyearbyen, dans le Spitzberg en Norvège (un territoire d’îles proches du pôle nord -
voir carte), protégé par des tonnes de roc, des portes blindées, des parois en béton armé pouvant résister à une attaque nucléaire et des dizaines de caméras de surveillance. Et ce ne sont pas des lingots qu’on y entreposera. Mais des graines ! Car cette forteresse digne des meilleurs films d’espionnage a pour vocation la protection des semences de plantes du monde entier et notamment des cultures vivrières. Elle pourra contenir jusqu’à 4,5 millions d’échantillons, soit de quoi entreposer 2 fois l’ensemble des variétés existantes dans le monde. Elle jouera le rôle d’une sorte de filet de sécurité en cas de perte de biodiversité sévère.
Paradoxalement, au moment où l’Europe célèbre ainsi la biodiversité mondiale, la France condamne
l’association Kokopelli pour vente illégale de semences.
Kokopelli est une association de défense et de conservation des variétés anciennes de végétaux (notamment des fruits et légumes traditionnels) dont les actions sont guidées par la volonté de préserver un patrimoine biologique naturel inestimable : la biodiversité. L’association a été condamnée car les variétés de graines qu’elle distribuait n’étaient pas officiellement homologuées…alors même qu’elles étaient utilisées par nos ancêtres il y a déjà des centaines d’années !
LE POINT DE VUE
« DHS ». C’est le sigle qui signe l’arrêt de mort de Kokopelli. Il signifie Distinction, Homogénéité et Stabilité. Ce sont les caractéristiques auxquelles doivent répondre les semences pour être homologuées. Or c’est justement le principe de la biodiversité et de la vie de n’être ni homogènes ni stables !
C’est pour ces raisons que la biodiversité est une véritable assurance tous risques. Car en cas de stress ou de pression environnementale, elle permet à une population animale ou végétale de conserver un pool de gènes dont l’expression confère un avantage sélectif aux individus qui les portent (c'est la
théorie Darwinienne de l'évolution). Ce qui veut dire en clair que ces individus survivront au stress environnemental et que l’espèce ne s’éteindra pas.
La biodiversité est gage de survie. Mais c’est tout le contraire avec l’homogénéité que semblent pourtant souhaiter les autorités...
Et avec le réchauffement climatique, les guerres et les catastrophes environnementales qui mettent chaque jour en péril cette biodiversité, il est de plus en plus urgent de la protéger…C’est l’objectif de cette banque de graines créée dans le Spitzberg, et celui également de
l’Encyclopédie de la Vie (EOL), un site internet ouvert à tous et décrivant toutes les espèces connues sur Terre.
Lancé fin février, EOL donne un accès libre à toutes les connaissances actuelles sur la biodiversité. Il faudra 10 ans pour créer l’ensemble des pages recensant toutes les espèces végétales, animales, microbiennes, etc. mais pour l’instant, déjà 30 000 pages sont disponibles.
Si vous souhaitez prendre conscience de ce formidable patrimoine, faites une visite sur le site
www.eol.org.
PASSER A L’ACTION
Inviter la biodiversité dans son assiette, c’est aussi participer à sa préservation. Car en choisissant des variétés de légumes et de fruits oubliés, vous permettez à des agriculteurs engagés de perpétuer certaines cultures mises de côté par l’agriculture intensive.
Purple Dragon,
Jack Be Little,
Verona, etc. sont ainsi des variétés de carottes, de courges et de tomates multicolores, délaissées par l’industrie et pour pourtant délicieuses. Vous pouvez aujourd’hui redécouvrir ces légumes merveilleux déjà appréciés par nos ancêtres pour leurs parfums de noisette, leurs saveurs acides ou sucrées.
Mais où trouver ces pépites vertes? Certains producteurs engagés exposent régulièrement leurs «collections»
sur les marchés. Si vous voyez des artichauts ou des choux-fleurs violets des courges ou des carottes jaunes, n’hésitez pas. Une mention spéciale à
Joël Thiebault qui y vend chaque semaine, sur le très élitiste marché de l’avenue du Président Wilson, dans le 16ème arrondissement à Paris, des variétés de légumes oubliées, cultivées sur un petit bout d’éden à 8km de Paris.
Certains chefs ont également bien compris que la biodiversité pouvait réveiller les assiettes. C’est le cas par exemple d’Alain Passard, qui utilise dans la cuisine de l
’Arpège les légumes de son potager, ou de Arnaud Arnal, le chef de
La Chassagnette en Camargue. . Il existe d’autres restaurants de ce type, mais qui sont bien souvent des tables de prestige et qui nécessitent de réserver des mois à l’avance. Alors pour éviter de vous ruiner, la meilleure solution reste encore d’écumer les marchés de province, à l’occasion d’un week end par exemple.
En attendant que la biodiversité reprenne ses droits peu à peu, ouvrez l’œil et soyez audacieux. La planète vous remerciera !
Crédits photo : © Ismael Montero, © Steve Beckle
oqrejfkhobbenvoyé le 12 mars 2011 à 08h57
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