L'écofood dans la presse

Seuls resteront les poissons d'avril

écrit le 10 mars 2008

tags : analyse, poisson, monde

LE FAIT
Le 22 février dernier s’achevait une session du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) qui a réuni sur 2 jours une centaine de ministres de l’environnement du monde entier. A cette occasion, le PNUE alertait les dirigeants sur les menaces qui planent sur l’océan.

Dans son rapport «In Dead Waters» publié pour l’occasion, le PNUE donne un nom à ces menaces : changement climatique, surpêche et pollution. Leurs effets combinés pourraient conduire à l’effondrement des réserves de poisson dans les décennies à venir avec pour conséquence la fragilisation des ressources alimentaires de près de 2,6 milliards de personnes dont la ration quotidienne en protéines repose principalement sur les produits de la mer.

D’après les auteurs du rapport, près de la moitié des prises de poissons mondiales sont effectuées dans moins de 10% des océans. So what ? Cela veut-il dire que 90% restent encore à exploiter ? Pas vraiment…car l’erreur serait de croire que la vie se répartit uniformément dans les mers. Ce sont justement ces 10% (les zones côtières principalement) qui abritent la plus grande diversité de vie marine. Ainsi ce sont ainsi 46% des espèces de poissons sauvages qui seraient menacées du fait de la surpêche d’après la FAO.

LE POINT DE VUE
La pêche est actuellement l’une des activités les plus destructrices de la planète et l’une des plus anarchiques. C’est un véritable casse-tête pour les autorités régulatrices qui viennent pourtant d’adopter un nouveau plan de renforcement des contrôles en Méditerranée pour contrecarrer la pêche illicite, non réglementée et non déclarée.

Et c’est sans compter les pêches collatérales : les captures accessoires atteignent environ 30 % des prises totales. Parmi ces «captures accessoires» des poissons non commercialisables mais aussi parfois…des dauphins, des tortues protégées ou même des oiseaux de mer. Le sujet est si préoccupant que le WWF canadien lançait en 2007 la grande campagne «stop the net» pour sensibiliser le public (photo à droite).

De plus les scientifiques manquent de données solides et ils sont souvent précédés sur les terrains de leurs recherches par les pêcheurs qui vident littéralement certaines zones marines avec des techniques ultrasophistiquées comme le chalutage de fond, particulièrement destructeur pour la faune aquatique (les filets raclent le fond à l’aide de véritables rouleaux compresseurs). Ainsi les espèces des grands fonds (empereur, grenadier, sabre) sont particulièrement menacées alors même que les scientifiques n’ont pas eu le temps de les étudier.

Et le temps presse. Car à ces effets dévastateurs s’ajoutent ceux de la pollution marine (notamment en Asie du Sud Est) et du réchauffement climatique. Ce dernier en particulier augmente le taux d’absorption du CO2 dans l’océan, avec pour conséquence une acidification progressive des eaux qui rend plus difficile la formation de carbonate de calcium (calcaire) pour les coraux, les mollusques, ou le plancton (qui sert d’alimentation de base à des milliers d’espèces de poisson).

PASSER A L’ACTION
Si vous voulez pouvoir continuer à déguster une sole ou des joues de lotte de temps à autre, il convient aussi de vous tourner de temps en temps vers des espèces oubliées, moins pêchées, pourtant délicieuses et excellentes pour la santé. Redécouvrez donc les sardines au barbecue, les maquereaux ou les bars (de ligne) au four, les harengs à la Bismarck.
Diversifiez également votre consommation, ce qui vous permettra par la même occasion d’éviter la bioaccumulation de toxiques liée à une éventuelle contamination de certaines espèces (voir article Thonxique vs thondance)

Enfin, soyez attentifs aux techniques de pêche, parfois indiquées sur l’emballage. Sinon, demandez à votre poissonnier.
Guettez également la présence du label MSC qui certifie une pêche durable qui préserve la ressource. Et pour vous assurez de la durabilité de votre poisson, consultez le site du WWF Pour une pêche durable ou le site du MSC pour les points de vente et marques

C’est la seule façon d’éviter qu’un jour la pêche ne soit transformée en activité de loisir à l’instar de la chasse. Vous avez le pouvoir d’améliorer votre santé et l’état des océans avec votre fourchette !

Crédits photos : © Franz Pfluegl, © WWF Canada, © Marine Stewardship Council

1 commentaire


hytiyratbjyenvoyé le 12 mars 2011 à 08h51

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