LE FAIT
Le salon de l’agriculture ferme ses portes aujourd’hui, et avec lui c’est toute une saison de manifestations liées de près ou de loin à la gastronomie qui prend fin. Retour sur un mois de février chargé et agité…dont ressort que le temps est venu pour la gastronomie française de confirmer son audace et de trouver un nouveau souffle (écologique ?).
Commençons par la fin. A l’inauguration du salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy (re)lançait la polémique, non pas sur son franc-parler, mais autour de l’inscription de la
gastronomie française au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le dossier devrait être déposé dès 2009.
Ce projet date de fin 2006, période à laquelle un consortium de chefs renommés et de gastronomes avait publiquement affiché leur volonté de voir un jour la cuisine française apparaître sur la célèbre liste de l’organisation des Nations Unies. Le grand chef
Michel Guérard justifiait à l’époque cette proposition par le jugement lapidaire : «
la cuisine française, c’est la meilleure du monde, incontestablement.»
Cette annonce présidentielle suit d’à peine 15 jours la tenue de
l’Omnivore Food Festival qui réunit chaque année des professionnels de la gastronomie avec la volonté de placer la cuisine française au cœur de l’effervescence de la gastronomie mondiale. A cette occasion, le chef
Marc Veyrat a annoncé l’ouverture prochaine d’un
restaurant 100% écolo et complètement autonome.
LE POINT DE VUE
Marc Veyrat a également été un des premiers chefs à réagir à l’annonce du Président et à expliquer (en termes très politiquement corrects) qu’inscrire la gastronomie française au patrimoine mondial était, pour faire bref, la menacer d’empoussièrement. «
Il faut aussi préserver le patrimoine qui est devant nous comme les jeunes, la jeunesse, la créativité». En clair, attention messieurs les gardiens de la gastronomie à ne pas vous endormir sur vos lauriers. «
C’est un honneur, mais cette reconnaissance doit être vivante : il faut laisser la gastronomie française dans l’avenir de la création» déclarait-il.
Alors bonne ou mauvaise idée ? La gastronomie française va-t-elle finir sur une liste, entre le temple d’Angkor et le Mont Saint Michel ? Tout le monde sait que lorsqu’un capital (d’image notamment) s’effrite, la première solution est souvent d’inscrire dans le marbre ses lettres de noblesse par peur que le temps ne se charge de l’enterrer… Cette proposition, en plus de son chauvinisme, de son côté pathétique «sauvons la cuisine française avec une démarche administrative» et du jugement gustatif péremptoire sur lequel elle repose, semble aller à l’encontre de nombreuses initiatives qui luttent pour faire sortir la cuisine des sentiers battus du conservatisme.
C’est le cas notamment du
Fooding® dont l’objectif est de défaire la gastronomie française de ses réflexes traditionnels et de ses conventions pour rompre avec une vision étriquée et trop souvent conservatrice. Son succès incontestable démontre le besoin d’innovation qu’éprouvent les français.
C’est le cas également de
l’Université du Goût, créée à Argentan dans l’Orne, à l’initiative de Marc de Champerard, critique gastronome, et du très inventif et éclectique Michel Onfray, qui passe de la théorie (
Le ventre des philosophes,
critique de la raison diététique et
La raison gourmande, philosophie du goût, chez Grasset) à la pratique.
«Avec des légumes qui ne coûtent pas cher, avec deux ou trois gestes qu'il faut apprendre, une cuisson qu'il faut transmettre, on peut faire des choses extraordinaires», assurerait-t-il à lors du premier cours.
Voir une vidéo
-interview de Michel Onfray sur LCI
Ces initiatives innovantes participent à faire de notre gastronomie un élément fondamental de notre culture, sans pour autant l’enfermer au musée derrière une vitrine.
PASSER A L’ACTION
L’innovation ne naît pas dans un salon de velours. Elle surgit souvent sous le coup de contraintes extérieures, qu’elles soient matérielles (économiques en particulier) ou relevant d’une démarche iconoclaste.
Alors soyez créatifs, écoutez vos envies et apprenez à innover.
Une piste ?
La révolution écologique étant probablement le grand bouleversement de ce siècle, injectez un zest de bio, de légumes oubliés, d’espèces de poissons non menacées dans votre assiette. C’est un bon moyen de casser la routine et de sortir des sentiers battus!
Crédit photo : © thierry manac'h
acobtaobkenvoyé le 12 mars 2011 à 20h36
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